Compte rendu du concert de Xavier Prévost au Festival D’Jazz Nevers (Jazz Magazine)

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La Guerre

Hier à midi, après Oakland et My Mother Is a Fish dimanche dernier, le Théâtre de Nevers accueillait un nouveau concert associé à une œuvre extérieure. Cette fois-ci, ce sont les photos de guerre de Yan Morvan qui inspirent les improvisations de Christophe Rocher (clarinettes), Vincent Courtois (violoncelle) et Edward Perraud (batterie). Tandis que Yan Morvan publie son ouvrage Champs de bataille consacré à ces terrains, ces pays, ces habitats et ces populations sur lesquels la guerre est passée, le titre donné à ce photo-concert est un peu trompeur, dans la mesure où s’y mêlent tant des photos de batailles que des photos de « l’après », mêlant le présent des guerres lointaines contemporaines en mouvement à l’autrefois des guerres que connurent l’Europe occidentale et le territoire américain, évoquées par des plans fixes de la statue de Vercingetorix à Alesia, du mémorial de Waterloo, des sites de la Pointe du Hoc et de la Somme, sans oublier les guerres indiennes avec une évocation subliminale de la bataille du col Apache. Une façon de nous rappeler qu’au-delà des guerres, La Guerre est permanente et que la paix que connaît l’Europe occidentale depuis 1945 n’est qu’une anomalie, et même une illusion.

Au départ, une idée musicale – et Yan Morvan nous dira avoir assisté au concert, non pour ses photos, mais pour la musique, lui-même ayant rêvé d’être musicien. Un idée de Christophe Rocher, dans le sillage de projets précédents mêlant bande dessinée ou photos, pour mémoire Regards de Breizh créé à l’Estran de Guidel avec son Ensemble Nautilis sur les photos de Guy Le Querrec. Mais à la différence de ce dernier projet dont le défilé photographique à l’écran était prédéterminé et chronométré sur une musique orchestrale et donc très écrite, Loïc Vincent –l’éditeur-projectionniste de Champs de Bataille – laisse le champ libre à l’improvisation des musiciens qui n’ont pour cadre que quatre compositions et des « intentions susceptibles d’évoluer », chacun étant libre de réagir tant aux images défilant devant eux sur un moniteur l’instrument qu’aux réactions de leurs comparses, tous poètes de L’Instrument de musique et de L’Improvisation.

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